Six grands projets pour le centre-ville de Gatineau
Par Mathieu Bélanger, Le Droit
6 juillet 2025 à 04h10
L’île de Hull a fait l’objet de nombreux plans d’action et d’effort de revitalisation depuis la création de la Ville de Gatineau en 2002. Les promesses sont cependant loin d’avoir toutes été tenues, attisant parfois le cynisme de la population en général et l’impatience de ceux qui y vivent directement. Qu’à cela ne tienne, la Ville est déterminée à poursuivre le travail afin de faire de cette île centre-ville «un moteur d’attractivité porté par le développement d’une destination récréotouristique» d’envergure nationale d’ici 2041.
Voilà à tout le moins la prétention inscrite au nouveau Plan particulier d’urbanisme (PPU) du centre-ville. Le document de planification dont Le Droit a copie du résumé est issu de nombreuses consultations et ateliers de réflexion ayant eu lieu dans la dernière année. La vision qu’il propose doit être présentée aux élus municipaux et adoptée par le conseil avant la fin du présent mandat. La semaine dernière, les élus ont pris connaissance du PPU du Vieux-Aylmer.
Le dernier exercice de planification du genre dans le centre-ville remonte à 2010. En partie contradictoire quant à certains des objectifs fixés, ce tout premier PPU adopté à Gatineau s’est, au fil des ans, retrouvé au centre de multiples débats opposant la densification résidentielle de l’île et la protection de son patrimoine ouvrier. Gatineau a appris de ces erreurs, croit le conseiller du quartier et président du comité exécutif, Steve Moran.
«Un des défis ou la faiblesse du PPU de 2010 c’est qu’il était plein de bonnes intentions, mais il manquait de financement et d’échéanciers de réalisation, dit-il en entrevue avec Le Droit. À certains égards, comme pour le repeuplement de l’île, on est dans la bonne voie, mais pour d’autres, ce n’était pas toujours réaliste. Je ne jette la pierre à personne. C’était une vision de ce qu’on aurait aimé réussir. Là, pour le nouveau PPU, on a un exercice plus ciblé et plus réaliste. On reprend certaines choses du PPU 2010, alors que d’autres ont dû être abandonnées.»
La transformation du dernier tronçon de l’autoroute 50 en boulevard urbain qui figurait au PPU 2010 est un exemple d’élément abandonné dans le nouveau. «L’idée est toujours bonne, mais on parle d’un projet d’une cinquantaine de millions de dollars dont le principal partenaire, le ministère des Transports du Québec, n’est pas très intéressé», explique M. Moran.
Francophonie et patrimoine
À l’opposé, la volonté de faire ressortir le caractère francophone du centre-ville de Gatineau demeure plus que jamais d’actualité dans le PPU 2025, dit-il. «On règle aussi la place du patrimoine, ajoute le conseiller. Les gens ont pris conscience de l’importance de le préserver. Il y a 15 ans, les objectifs inscrits au PPU étaient contraires à notre volonté en matière de protection. Cette fois, les deux sont bien arrimés.»
Les hauteurs permises au zonage font sans cesse débat au centre-ville. Afin de mieux encadrer ce qu’il sera possible de faire et ce qui sera proscrit au règlement, le PPU a identifié trois différents types de densité qui pourront éventuellement s’adapter au cadre bâti existant. Des balises architecturales associées à chacun de ces types de densité doivent favoriser une intégration plus harmonieuse des nouveaux bâtiments.
Des secteurs de «maintien» marqués par des enjeux de protection et de conservation du patrimoine ont été identifiés. On les retrouve particulièrement dans le Quartier-du-Musée et dans le cœur du centre-ville, sur la promenade du Portage et dans le cœur ludique de la rue Laval. À ces endroits, les hauteurs et les architectures permises devront être similaires à l’ensemble déjà bâti à préserver.
Les secteurs dits «en évolution» et «en transformation» seront plus permissifs et pourraient voir apparaître des immeubles plus imposants. C’est particulièrement le cas le long du boulevard Maisonneuve, du boulevard des Allumettières et de la rue Eddy. Là aussi, des balises claires doivent permettre d’encadrer ce qu’il sera possible de faire. L’utilisation du zonage incitatif en échange de contreparties pour la Ville pourrait permettre aux promoteurs d’excéder les hauteurs prévues au zonage.
Grands projets stratégiques
Le PPU met en relief six grands projets que la Ville aimerait voir se réaliser d’ici 2041 dans l’île de Hull. Certains sont déjà connus de la population, alors que d’autres sont nouveaux. Tous ont cependant le potentiel de changer de manière radicale le centre-ville des Gatinois.
Les anciens édifices industriels en pierre de la défunte E.B. Eddy, sur la rue Laurier, ont déjà été identifiés par le gouvernement du Québec comme le lieu tout désigné pour éventuellement accueillir le Musée régional de l’Outaouais (MRO). Le PPU entrevoit le secteur comme le «point d’accueil» du centre-ville, à savoir un «carrefour identitaire fort, une vitrine touristique majeure offrant une concentration d’équipements publics offrant des espaces polyvalents capables d’accueillir des événements d’envergure».
Steve Moran explique que ce site fait actuellement l’objet de nombreuses discussions. «Je ne veux pas voler les punchs, mais il y aura là quelque chose de très intéressant, dit-il. Le potentiel est énorme. La clé est le MRO, mais il y a ensuite d’autres choses qui pourraient venir s’y greffer de manière intéressante.»
Eddy, une rue «partagée»
Steve Moran a souvent affirmé, au cours des dernières années, que la rue Eddy était le prochain grand projet de réaménagement au centre-ville. La planification inscrite au PPU prévoit de transformer une bonne partie de l’artère en «rue partagée».
Ce concept urbanistique encore absent à Gatineau permettrait, selon le PPU, de faire de la rue Eddy un secteur commercial et résidentiel plus dynamique. Les automobilistes y seraient encore «tolérés», mais seulement à basse vitesse. Ainsi, il ne s’agirait plus d’une artère permettant de transiter efficacement du sud au nord de l’île. La rue serait réaménagée dans le but d’y rendre les piétons et les cyclistes prioritaires. La surface pavée serait au même niveau pour tous les utilisateurs. Beaucoup de verdure et de mobilier urbain seraient ajoutés.
Les Quais de la brasserie
Le réaménagement des berges du ruisseau de la Brasserie fait partie de toutes les planifications urbanistiques dans l’île de Hull depuis près de 40 ans. Le PPU 2025 n’y fait pas exception. La Commission de la capitale nationale (CCN) planche actuellement sur un projet de construction de quatre immeubles résidentiels qui compteraient 360 logements. Le projet ne figure pas dans la planification de la Ville de Gatineau et ne parvient pas à obtenir les autorisations municipales nécessaires à sa réalisation.
L’aménagement des berges du ruisseau est la priorité des répondants à un sondage fait dans le cadre de la préparation du PPU. La Ville souhaiterait plutôt y donner une vocation publique en y aménageant un sentier linéaire utilisable hiver comme été. Le concept comprendrait l’installation d’une diversité de quais, de belvédères, d’estrades et de plateforme de mise à l’eau pour des embarcations nautiques légères.
«La Ville et la CCN doivent répondre aux mêmes citoyens, insiste M. Moran. L’idée c’est que la CCN soit partenaire de la vision qu’on se donne pour les Gatinois. Il va falloir qu’on travaille ensemble. Sur certains projets, ça va bien. Pour d’autres, ça va moins bien. La CCN siège à la table de concertation du centre-ville. J’espère qu’elle adhère à la vision qu’on se donne pour le centre-ville. Il y a encore des éléments de discorde pour le projet du ruisseau de la Brasserie, mais on chemine. J’espère que la CCN pourra être un réel partenaire dans ce projet.»
Les Coulées écologiques
Les statistiques concernant la canopée sur l’île de Hull sont implacables. Le centre-ville de Gatineau est l’un des plus gris au Québec. La nécessité d’y planter des arbres afin de réduire les îlots de chaleur a été documentée depuis des années. Une façon d’y arriver, selon le PPU, est l’intégration de «coulées écologiques» qui permettraient de lier les berges de la rivière des Outaouais à celles du ruisseau de la Brasserie.
Le concept consiste à créer un corridor écologique en intégrant plus de végétation sur une rue. La rue Hôtel-de-Ville a spécifiquement été ciblée par le PPU pour jouer ce rôle de coulée écologique. La Ville planifierait d’y planter plusieurs arbres à grand déploiement, des conifères, et d’y installer des aménagements offrant une plus grande liberté à la flore urbaine.
Place Laval et parcours culturel
Les festivaliers qui fréquentent le centre-ville connaissent déjà la place Laval où se sont déjà produits des dizaines d’artistes depuis trois ans. Situé dans un stationnement commercial à l’angle des rues Laval et Wellington, l’endroit est voué à devenir une des pièces maîtresses de la dynamisation du centre-ville. L’endroit serait éventuellement encadré par des bâtiments dont les rez-de-chaussée seraient réservés à de l’espace commercial qui participerait à l’animation du lieu. Gatineau entend devenir propriétaire des lieux, ce qui nécessiterait l’achat ou l’expropriation du terrain de stationnement.
«On veut pérenniser l’endroit, mais aussi le fait d’avoir une programmation, explique M. Moran. On veut que ce soit un espace où il se passe toujours quelque chose. Pour y arriver, ça va prendre une gouvernance particulière. L’endroit devra être géré et financé. Il y a différents modèles sur la table. On n’est pas encore rendu à prendre une décision à cet effet, mais on devra y arriver assez rapidement.»
Les habitués du centre-ville sont aussi déjà familiers avec le Sentier culturel qui serpente le cœur de l’île de Hull en faisant honneur à l’art urbain. L’idée est conservée dans le PPU et présentée comme une «célébration de la culture gatinoise dans l’espace public». À terme, le circuit permettra de relier les différents attraits du centre-ville de manière fluide. Les bâtiments le long du parcours bénéficieraient d’un éclairage signature permettant de les mettre en valeur.
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