Maison allumette: un «rapport surprise» propose des options pour la sauver
Mathieu Bélanger
Le Droit, 7 février 2023
Un «rapport surprise» indépendant commandé par la Ville de Gatineau dans le dossier de la démolition de l’authentique petite maison allumette de la rue Notre-Dame-de-l’Île vient remettre en question plusieurs éléments avancés par le propriétaire quant à l’état réel du bâtiment.
Les élus étaient réunis en conseil municipal spécial, mardi, afin d’entendre les arguments des parts et d’autres dans cette affaire qui retient l’attention depuis des mois à Gatineau. Le propriétaire de l’immeuble, Gestion NDI Champlain, à qui le comité sur les demandes de démolition (CDD) refuse d’octroyer un permis, tentait un ultime recours pour convaincre le conseil de renverser la décision et d’autoriser la démolition de la maison pour y construire à la place un immeuble de 10 étages comprenant 159 unités de logement.
Les quatre précédents rapports réalisés pour le compte de Gestion NDI Champlain allaient tous dans le même sens. L’authentique petite maison allumette centenaire du 207, rue Notre-Dame-de-l’Île serait irrécupérable. Les infiltrations d’eau auraient à ce point affaibli sa structure et sa fondation que l’immeuble serait un danger pour la sécurité publique. Sa démolition serait la seule et unique option.
Or, un rapport d’expertise indépendante réalisé par la firme NCS Architecture pour le compte de la Ville et présenté pour la première fois mardi apporte plusieurs bémols à l’argumentaire du propriétaire, notamment sur l’état de la structure. Les auteurs proposent aussi trois options pour assurer l’avenir de cette maison dont la valeur patrimoniale est jugée supérieure en raison de son authenticité.
Le service de l’urbanisme et du développement durable (SUDD) note que le rapport d’expertise réalisé par NCS reconnaît que la fondation de l’immeuble est à remplacer. Toutefois, la charpente de l’immeuble, construite en bois équarri serait encore bien solide. Les infiltrations d’eau n’auraient pas affecté la structure. Cette observation détonne de ce qui a été affirmé dans tous les autres rapports. La partie arrière de la maison doit être démolie, mais il s’agit d’un ajout à l’immeuble original construit en 1910. La maison d’origine, à savoir la partie avant de l’immeuble, ne représenterait pas un risque pour la sécurité, stipule le rapport NCS.
Le représentant légal du propriétaire de la maison, Me Éric Olivier, a qualifié le document de «rapport surprise». Il a ajouté que ce document n’a été partagé que lundi par le SUDD, alors que, selon lui, tous les documents utilisés dans le cadre de cette audition devaient avoir été déposés au moins cinq jours à l’avance.
«Ce rapport se permet d’émettre des hypothèses, alors que j’ai quatre firmes d’ingénieurs qui se sont déjà prononcés pour dire que la structure [de la maison] n’est pas saine, a affirmé Me Olivier. Là, on a un cinquième professionnel qui arrive et dit ne pas constater de dommage à la structure. Ne pas constater ne veut pas dire qu’il n’y a pas de dommage à la structure.»
Le représentant de l’Association des résidents de l’Île-de-Hull, Claude Royer, a pour sa part applaudi la décision de la Ville de faire appel à des experts indépendants dans ce dossier. Il s’agissait d’ailleurs d’une demande répétée des défenseurs du patrimoine dans ce dossier. «Le SUDD a fait appel à de vrais experts en restauration du patrimoine, dont des architectes et des ingénieurs, a-t-il souligné. Ils démontrent que les précédents rapports produits pour le promoteur avaient mal jugé l’état de l’immeuble.»
Trois options
Dans la mesure où le conseil municipal décidait de maintenir la décision du CDD et de refuser la démolition, la firme NCS Architecture propose trois options pour l’avenir de la maison allumette. La restaurer sur place représenterait des coûts de 351 450$. Dans le cas où l’option de déménager la maison sur un autre site et de la rénover serait retenue, la facture atteindrait 451 000$, sans le terrain. Dans ce cas, d’autres études sur l’état de la charpente devraient être réalisées au préalable. Une troisième option qui est de préserver la maison de manière virtuelle coûterait environ 230 000$.
Les propriétaires de l’immeuble sont plutôt d’avis que les travaux de rénovation nécessaires sont à ce point importants que la valeur d’authenticité de la maison serait grandement réduite. Quant au déménagement, ils sont d’avis que l’état de l’immeuble ne permet techniquement pas un déplacement sans représenter un risque pour la sécurité. Gestion NDI Champlain préconise plutôt de construire une réplique de l’actuelle maison et de l’intégrer à son projet de dix étages. Une ouverture a aussi été démontrée pour la conservation virtuelle. Ces deux dernières options sont à proscrire, selon les défenseurs du patrimoine.
Le conseil municipal doit rendre sa décision dans ce dossier lors d’un vote le 14 février prochain.
https://www.ledroit.com/2023/02/07/maiso...-sauver-90f84ecd0bb0e1c642ade909865c3c83