Le Cégep de l'Outaouais veut quatre nouveaux programmes dans sa cour
DANIEL LEBLANC, Le Droit
9 mars 2022
Fort de l'appui de multiples partenaires et avec en poche l'aval des hautes instances du ministère de la Santé — une première — le Cégep de l'Outaouais cogne à la porte de Québec pour l'ajout de quatre nouveaux programmes d'études en santé et services sociaux à son éventail, un geste qualifié ouvertement de «première étape» d'un rattrapage réclamé depuis maintes années.
L'établissement a récemment déposé des demandes d'autorisation au ministère de l'Enseignement supérieur pour qu'on lui octroie des programmes où la pénurie de main-d'œuvre est importante, même criante dans certains cas: Technologie de radiodiagnostic — pour lequel il s'est buté à trois refus ces dernières années malgré les besoins croissants —, de même que Techniques de physiothérapie, Techniques de travail social et Techniques de gestion et d’intervention en loisir.
Des demandes qui représentent des investissements potentiels d'environ 20 millions $ et l'ajout d'une centaine d'étudiants par an. De cette somme, 12 millions proviennent de la Technologie de radiodiagnostic, l'un des programmes les plus coûteux dans le réseau collégial en raison des équipements nécessaires.
Le Cégep estime que la conjoncture est plus que favorable pour qu'il y ait une approbation pour de tels programmes, surtout que plusieurs acteurs régionaux clés (Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais, Université du Québec en Outaouais, Ville de Gatineau, Cégep Héritage, Table Éducation Outaouais) appuient officiellement le projet. À cela s'ajoute entre autres le soutien d'ordres professionnels, de la Direction régionale de Services Québec et même du Regroupement des cégeps de Montréal, qui, même si le programme (Technologie de radiodiagnostic) est offert sur son territoire à certains étudiants d'ici, se dit «favorable à l’ajout d’une nouvelle autorisation pour le Cégep de l’Outaouais si le devis est établi et limité en fonction du nombre de finissants que la région de l’Outaouais peut absorber de manière récurrente».
Depuis 2013, 55 étudiants provenant de l'Outaouais se sont inscrits à ce programme dans des établissements ailleurs au Québec.
Le ministère de la Santé, par l'entremise d'une lettre signée par une sous-ministre adjointe et acheminée au CISSSO plus tôt cet hiver, appuie également les demandes formulées par le Cégep de l'Outaouais, chose qui ne s'était jamais vu auparavant.
Aux dires du nouveau directeur général de l'institution, Steve Brabant, il y a une «vision concertée» et tout le monde est au diapason par rapport aux besoins de la région à la fois à court, moyen et long terme, compte tenu à la fois de la forte croissance démographique, de la pénurie de main-d'œuvre, du déficit de programmes par rapport à d'autres régions comparables et de l'exode à la fois des étudiants et des travailleurs vers la rive ontarienne. Selon lui, la balle est désormais dans le camp du gouvernement.
«Le système de santé de l'Outaouais le demande en a besoin, en a fait une priorité, alors le Cégep de l'Outaouais joue un rôle de courroie de transmission, d'entremetteur si on veut, pour justement recruter ceux qui vont former, dans un terme que j'aime bien utiliser, le capital humain qui va desservir les industries, les entreprises mais aussi les services publics. On voit les demandes des quatre programmes comme étant des pôles complémentaires les uns des autres avec les programmes en santé qu'on offre déjà, une expertise qu'on a développée au cours des années», lance-t-il, spécifiant que «les besoins sont criants maintenant».
À son avis, à l'heure où Québec offre des primes pour attirer davantage de travailleurs de la santé dans la région, il y a lieu de se demander pourquoi on n'œuvre pas davantage «en amont» plutôt «qu'en aval» grâce à de la formation offerte dans notre propre cour, surtout dans le contexte où un nouvel hôpital de plus de 600 lits sera érigé en Outaouais.
«On souhaite l'aborder avec optimisme. Il y a une belle collaboration avec le ministère mais tout est une question de moyens financiers. Est-ce qu'ils vont prioriser l'Outaouais? Ça, c'est la grande question à se poser. [...] Est-ce que c'est une offensive? C'est une affirmation de la proactivité, de la prise en charge concrète des besoins pour la région. Maintenant, les décideurs, ce ne sont pas nous. [...] On entend de belles choses, on entend des choses qui nous donnent espoir, mais jusqu'à ce que ça se concrétise, ce ne sont que des paroles», renchérit M. Brabant.
Un autre élément qui pèse lourd dans la balance et qui met de la pression pour le développement de programmes: la croissance démographique est telle que le Cégep de l'Outaouais est appelé à voir sa clientèle augmenter de 500 à 700 étudiants d'ici 2030, précise-t-on.
De la brique et du mortier
Peu importe quand la réponse de Québec viendra, le Cégep explique que l'addition éventuelle de ces nouveaux programmes n'aura d'autre choix que de s'accompagner d'ajouts d'espaces, soit l'agrandissement (environ 325 mètres carrés) du campus Gabrielle-Roy à l'endroit où sont installées depuis une dizaine d'années des locaux modulaires qui ont atteint leur fin de vie, ainsi que l'ajout d'un quatrième étage au pavillon santé-famille du campus Félix-Leclerc.
De plus, même si cela a été suggéré au départ par le ministère, l'option que des étudiants (par exemple de radiodiagnostic) soient formés à même les installations du CISSSO en ayant recours aux équipements de ce dernier n'est pas du tout envisageable, faute d'espace, notamment.
«C'est impossible de le faire, avec la taille des locaux et la disponibilité des équipements», de dire M. Brabant.
Par conséquent, le Cégep de l'Outaouais propose de créer une clinique école en partenariat avec le réseau de la santé, c'est-à-dire que ses étudiants bénéficieraient des installations et des équipements à la fine pointe de la technologie durant les heures de cours, alors que ceux-ci pourraient être utilisés par des employés du CISSSO en soirée pour élargir l'offre de service et mieux desservir la communauté.
«C'est une mesure concrète qui pourrait être implantée assez rapidement, avant même qu'il y ait une première cohorte», lance le directeur général.
En attendant de savoir s'il aura le feu vert, en collaboration avec le Collège Ahuntsic, le Cégep de l'Outaouais mise aussi sur une «solution transitoire» qui consisterait à ce qu'un plus grand nombre d'étudiants en provenance de la région soient accueillis à cet établissement de Montréal et qu'au terme des deux premières années d'études, ils soient rapatriés en Outaouais pour leur année de stage et au final puissent choisir d'y faire carrière.
«Se faire manger la laine sur le dos»
Comme son prédécesseur Frédéric Poulin, qui cognait sans arrêt sur ce clou, Steve Brabant est d'avis que l'octroi de nouveaux programmes pour le seul établissement collégial francophone de l'Outaouais, sans tout régler du jour au lendemain, aidera aussi à freiner l'exode massif vers la rive ontarienne.
«L'exode en raison du déficit de programmes est bien réel. On a besoin d'un rattrapage majeur. Et pour moi, ce n'est qu'une première étape concrète, parce que sinon, je vais le faire comme cela, on se fait manger la laine sur le dos par d'autres comme le Collège Algonquin et La Cité (à Ottawa), et je ne le dis pas avec adversité ou opposition par rapport à ce qu'ils font. Ils font leur travail, desservent leur clientèle, avec le mandat qui leur a été donné. Mais il s'adonne qu'on n'est juste pas compétitif, nous ne sommes pas à la hauteur de la concurrence car on n'offre pas les mêmes programmes. Il n'y a même pas de compétition, autrement dit. Donc, donnez-nous la chance au moins de pouvoir revenir, pour que nos jeunes étudient, vivent et travaillent ici», plaide-t-il.
https://www.ledroit.com/2022/03/10/le-ce...sa-cour-5bf6e19c4cbbe62228d5e410944b2239