La E.B. Eddy, «le bon endroit» pour le Musée de l’Outaouais
Par Mathieu Bélanger, Le Droit
1er mars 2025 à 04h00
Relevant d’abord du simple vœu, voire carrément du rêve, l’idée d’installer le Musée régional de l’Outaouais (MRO) dans les anciens édifices industriels en pierre de la défunte E.B. Eddy, sur la rue Laurier, dans le centre-ville de Gatineau, semble aujourd’hui à portée de main.
Le Droit a appris que de sérieuses discussions impliquant la direction du musée régional, Zibi, qui est propriétaire des immeubles, le ministère de la Culture et des Communications du Québec, ainsi que la Ville de Gatineau sont en cours à cet effet. L’état structural des bâtiments continue de faire l’objet d’analyses approfondies, alors que le MRO a déjà commencé à planifier et évaluer les coûts de l’aménagement intérieur de chacun des bâtiments.
Le ministre de la Culture et ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, affirme être au fait de l’évolution du dossier pratiquement en temps réel. Il n’a jamais caché sa volonté d’offrir au MRO un lieu à la hauteur de sa mission. Le musée occupe de manière temporaire la maison Scott-Fairview, au 100, rue Gamelin, depuis deux ans. Le vieil ensemble industriel de la E.B. Eddy est «le bon endroit» pour y installer de manière permanente le musée régional, soutient le ministre Lacombe.
«On a commencé les démarches avec Zibi pour voir comment on peut récupérer les superficies nécessaires et stabiliser les immeubles, et nous ferons bientôt une proposition pour aller de l’avant», confirme le directeur général du MRO, Stephen Quick.
«On n’est plus au stade de savoir si les immeubles vont tenir, mais à voir comment on pourra aller de l’avant avec ces derniers en respectant leur héritage tout en ayant une offre culturelle et muséale gérable, ajoute-t-il. On a une idée préliminaire des coûts, mais ce qui nous occupe présentement c’est surtout l’aménagement du musée à l’intérieur. […] On regarde l’édifice et comment les espaces peuvent fonctionner comme musée. On pense à chacune des pièces et à tout ce qu’il faut pour accueillir des expositions, offrir des expériences aux visiteurs et organiser des événements. On pense aux enfants, aux gens de la région et aux touristes. […] Pour l’extérieur, la préservation de la coquille, il devra y avoir des négociations entre Zibi et le gouvernement.»
La direction du MRO souhaiterait obtenir le feu vert du gouvernement du Québec pour amorcer les travaux dans le budget 2026. Il s’agira du dernier exercice budgétaire de la présente législation avant les élections provinciales en octobre de la même année.
Lacombe fera tout ce qu’il peut
«C’est le bon endroit, mais c’est aussi un endroit qui présente des défis importants, explique le ministre Lacombe. On va y aller une étape à la fois et laisser le MRO terminer sa proposition. Quand ça sera fait, je pourrai avoir les discussions plus concrètes sur le lieu et la façon de l’occuper. Mon objectif est de faire tout ce que je peux d’ici la fin du mandat pour que le musée ait les outils nécessaires pour exister et nécessairement, ça va lui prendre un lieu. C’est certain que si les astres s’alignent et si c’est possible de le faire à ce moment-là, je serai un ministre de la Culture et responsable de l’Outaouais très heureux.»
Installer un musée dans des édifices industriels deux fois centenaires qui tombent en ruines relèverait ni plus ni moins du tour de force, admet la direction du MRO. Des estimations préliminaires faites il y a quelques années parlaient d’un projet d’une trentaine de millions. Nul doute que la facture aura augmenté. Les anciens immeubles de la E.B. Eddy, à un jet de pierre des chutes Chaudière, cochent néanmoins toutes les cases.
Étudié parmi une quinzaine d’autres depuis 2018, le site fait aujourd’hui l’unanimité chez les intervenants impliqués dans le projet.
L’ensemble industriel qui longe la rue Laurier a été classé patrimonial par le ministère de la Culture en 2012 en raison de l’importance nationale qu’il représente. L’édifice #6, celui le plus à l’ouest de l’ensemble, est à ce jour le plus ancien immeuble industriel encore debout au Canada. Le site, en bordure des chutes Chaudières, est aussi d’une extrême importance pour les Algonquins Anishinabeg dont les premières traces d’occupation remontent à environ 8000 ans. Il s’agit par ailleurs du point de départ de l’ancien sentier des porteurs qui faisaient le commerce des fourrures dès le 17e siècle. Samuel de Champlain y est passé une première fois en 1613. C’est aussi le lieu de fondation du canton de Hull, en 1800, et un secteur d’innovation industrielle pendant près de 200 ans.
Le document intitulé «Projet scientifique et culturel» remis au ministre Lacombe il y a quelques mois offre une première idée de l’utilisation qu’entend faire le MRO des vieux immeubles industriels. Le musée entend occuper le bâtiment #6, construit en 1892.
Il est encore relativement en bon état. Les bâtiments 1 à 4, construits en 1883 et partiellement reconstruits après le Grand feu de 1900 doivent aussi être occupés par le musée. Ils sont cependant dans un état structural fragile. Des études techniques sont en cours pour déterminer ce qu’il est encore possible de faire. Quant au bâtiment #5 érigé en 1914, il n’a pas de valeur patrimoniale et doit être démoli.
Ouverture en 2030?
«Nous sommes très heureux que le MRO ait choisi ces bâtiments pour réaliser ce projet majeur de commémoration et de célébration de l’histoire de la région», indique au Droit Justin Robitaille, vice-président de Dream Unlimited, la firme derrière le projet Zibi. «Pour des projets comme celui-ci, les propriétaires de bâtiments ont généralement la responsabilité de la restauration de la structure, du toit et de l’enveloppe du bâtiment, ajoute-t-il. Les locataires sont pour leur part responsables de l’aménagement intérieur.»
M. Robitaille note par ailleurs que le projet du MRO s’inscrit parfaitement dans la vision que Zibi a toujours eue pour ces immeubles. L’entreprise affirme être «flexible» quant à la possibilité de louer ou revendre les immeubles. «Nous avons des discussions avec le MRO et nous travaillons également avec le ministère de la Culture et des Communications du Québec sur la vocation future de ces bâtiments depuis de nombreuses années, précise-t-il. Les détails de l’accord restent à déterminer.»
Il y a un an, jour pour jour, le ministre Lacombe annonçait l’octroi d’une somme de 1,2 million de dollars au MRO pour la création d’un bureau de projet. Les choses se sont énormément accélérées depuis, mentionne Stephen Quick. Des études de faisabilité, d’achalandage et de fonctionnalité ont été faites dans les derniers mois. Le projet scientifique et culturel du musée, à savoir l’ADN de l’institution, est complété. La direction du MRO planche actuellement sur ses politiques financières. Si le gouvernement du Québec est en mesure de donner le feu vert au MRO dans son budget 2026, une ouverture en 2029 ou 2030 serait envisageable avec un peu de chance.
https://www.ledroit.com/actualites/2025/...e-loutaouais-52DLFTBLQBAUHC34CFST7ZRS7Q/