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Faire de la capitale nationale un endroit où l’on se baigne

Par Sarah-Jeanne Tremblay, Le Droit
6 juillet 2026


Cette semaine, il devrait être enfin possible de se baigner derrière le Musée canadien de l’histoire. Alors qu’un projet de développer des espaces de baignade dans les cours d’eau se trame depuis déjà plusieurs années, Ottawa, Gatineau et la Commission de la capitale nationale (CCN) se joignent officiellement au mouvement des villes baignables.

Cette annonce survient alors que les cours d’eau de la région écopent encore des fortes pluies survenues le 1er juillet. Certaines plages n’avaient pas passé les tests de qualité de l’eau, dimanche. C’était le cas des plages du parc Moussette et du parc des Cèdres, à Gatineau.

À la fin du mois de juin, la Ville d’Ottawa, la Ville de Gatineau et la CCN ont annoncé qu’ils accueilleraient le Sommet mondial des villes baignables en 2027. Le Sommet regroupe 116 villes et 37 pays qui font partie du mouvement, créé en 2024, visant à promouvoir l’accès aux cours d’eau naturels en milieu urbain.


La Ville d’Ottawa est déjà, depuis juin, signataire de la charte. La Ville de Gatineau, de son côté, adoptera mardi une motion lors du conseil municipal. La CCN devrait aussi bientôt emboîter le pas.

Pour la mairesse Maude Marquis-Bissonnette, cette décision s’inscrit aussi en concordance avec la vision de l’aménagement du territoire à Gatineau. «Gatineau est bâtie autour de l’eau et l’eau est une ressource sous-utilisée, lance-t-elle. Les gens devraient pouvoir toucher à la rivière et se baigner dedans.»

L’initiative a commencé il y a quelques années, lors de l’ouverture de l’espace de baignade à la maison riveraine, située sur la promenade Georges-Étienne Cartier, raconte Nathalie Roy-Patenaude, directrice du portefeuille immobilier de la CCN.

«Au cours des dernières années, on a continué à évaluer différents sites le long de nos berges pour voir quelles seraient les meilleures opportunités pour donner des aires de baignade à la population.»

Elle ajoute que l’an dernier, l’ouverture du quai au lac Dows sous forme de projet pilote a connu un grand succès, ce qui a poussé la CCN à continuer le développement de ces aires de baignade un peu partout. Cet été, un quai a été ouvert au public au bas des écluses d’Ottawa, en bas du Château Laurier.

Du côté québécois, le tant attendu quai derrière le Musée canadien de l’histoire devrait ouvrir au courant de la semaine

La capitale, été comme hiver

Lors de l’annonce du Sommet des villes baignables, le président de la CCN, Tobi Nussbaum, a indiqué vouloir que les espaces de baignade deviennent un peu, pour l’été, ce que la patinoire du canal Rideau est pour l’hiver.

«On veut que la région soit reconnue comme un endroit où il est possible de se baigner, de profiter des parcs et des berges pendant l’été», affirme Mme Roy-Patenaude.

C’est justement ce que propose la charte des villes baignables: un accès pour le public, et une «culture de la baignade urbaine».

Tests d’eau

Beaucoup de gens ont cependant toujours peur de sauter dans la rivière des Outaouais, même si l’eau est totalement saine, soulève Laura Reinsborough, présidente de l’organisme Garde-rivière des Outaouais.

Cet organisme s’assure du bien-être et de la protection de la rivière des Outaouais. La CCN lui a délégué la tâche d’effectuer les différents tests d’eau dans les aires de baignade sur ses terrains, une tâche effectuée de trois à cinq fois par semaine. Tous les résultats sont rendus publics sur le site internet Swim Guide.

Malgré les mauvais résultats obtenus lors des derniers tests, la qualité de l’eau s’est généralement améliorée dans les dernières années.

«La perception du public prend beaucoup de temps à se retourner. La rivière est très propre et en santé maintenant, mais beaucoup pensent que c’est un cours d’eau sale», indique Mme Reinsborough.

La couleur de l’eau est notamment due à la composition naturelle du sol et de l’écosystème, explique-t-elle.

Garde-rivière des Outaouais teste notamment les sites pour la présence de la bactérie E. coli, qui s’attaque entre autres au système digestif et qui peut signaler la présence de matières fécales dans l’eau.

«Au Québec et en Ontario, nous avons un barème assez strict qui doit être respecté en ce qui concerne l’E. coli. Un barème beaucoup moins strict est en vigueur dans l’Union européenne, par exemple», précise Laura Reinsborough.

La CCN n’a pas l’obligation d’avertir la santé publique du Québec ou de l’Ontario si elle souhaite ouvrir un site sur la rivière des Outaouais, mais il est certain que des tests doivent être conduits.

«Garde-rivière est une autorité dans le domaine, donc on leur fait confiance, mentionne Nathalie Roy-Patenaude. Mais c’est certain que l’on consulte différents intervenants, que ce soit dans le domaine de l’environnement ou du transport comme Transport Canada en ce qui concerne la sécurité des voies maritimes.»

«La baignabilité», indicateur d’habitabilité

L’alliance des Villes baignables a été créée en réponse au mouvement né lors des Jeux olympiques d’été à Paris, en 2024. Des efforts avaient alors été mis en place pour rendre l’eau de la Seine assez saine pour y permettre la baignade.

Le premier sommet s’est déroulé en 2025, à Rotterdam. L’objectif est de promouvoir l’instauration de ces espaces de baignade pour la population, et d’assurer une durabilité de ces cours d’eau en milieu urbain.

«Le but est aussi de préserver la rivière dans une optique de résilience contre les changements climatiques, mentionne Maude Marquis-Bissonnette, donnant en exemple la possibilité de se baigner lors des grandes chaleurs, de plus en plus fréquentes. Il faut voir la rivière comme un atout à respecter davantage.»

Pour Laura Reinsborough, «la baignabilité» d’une ville est aussi l’indicateur de son habitabilité. «Si on a une eau pure et sécuritaire pour l’accès public, c’est un indicateur que la ville est habitable. Et dans des villes comme Ottawa ou Gatineau qui sont centrées autour de la rivière des Outaouais et de ses affluents, ne pas être capable de s’y baigner, ce que beaucoup de gens ont ressenti pendant plusieurs années, serait vraiment dommage.»

https://www.ledroit.com/actualites/actua...on-se-baigne-WAV5JFAZMJE7RBFZ7FOQUFMLHY/
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