L’autoroute 50, vraiment plus dangereuse que les autres
Par Justine Mercier, LeDroit
25 mai, 2026
«La 50 ou la 417?» C’est la sempiternelle question que se posent les usagers de la route qui doivent faire le trajet reliant l’Outaouais à la grande région de Montréal. Car les statistiques prouvent que les risques sont grands sur l’autoroute Guy-Lafleur. La Sûreté du Québec (SQ) tente d’y remédier.
Pas plus tard qu’en mars dernier, à la suite d’investigations portant sur neuf décès, deux coroners ont conjointement recommandé que Québec «prenne les moyens requis pour sécuriser l’autoroute 50 afin d’éviter des collisions frontales». Les coroners invitaient du même coup le gouvernement à «procéder aux travaux planifiés d’élargissement et de réaménagement à quatre voies» de l’autoroute.
Or, le projet d’élargissement de l’autoroute Guy-Lafleur sur toute sa longueur a été mis sur pause par la Coalition avenir Québec, l’an dernier, pour des raisons budgétaires. Il reste encore 87 kilomètres de voies contiguës à faire. Et les collisions frontales qui mènent à la morgue continuent de s’accumuler.
«Tout le monde va à fond de train»
Des données de la SQ montrent que la vitesse et les dépassements illégaux sont les facteurs les plus souvent en cause dans les accidents causant de graves blessures ou des décès qui surviennent sur l’autoroute Guy-Lafleur.
L’écart est particulièrement marqué pour les dépassements illégaux. Ces manœuvres sont en cause dans près du quart des collisions graves sur l’autoroute 50, comparativement à une moyenne de 6 % pour tout le réseau de la SQ.
Le préfet de la Municipalité régionale de comté (MRC) de Papineau, Paul-André David, n’est «pas du tout» surpris. Il pointe du doigt la «configuration» de l’autoroute Guy-Lafleur, qui génère de «l’impatience» chez plusieurs conducteurs. «Ce sont les voies contiguës, le problème», lance-t-il sans hésitation.
Dès que les dépassements sont possibles, «tout le monde va à fond de train pour être sûr d’aller doubler le paresseux en avant», dénonce le préfet.
Porte-parole de la SQ, la lieutenante Joyce Kemp note que «c’est quand même assez rare, les autoroutes en rencontre au Québec». Les dépassements risqués y sont parfois tentants lorsqu’il y a une longue portion sans possibilité de le faire légalement, souligne-t-elle.
«On peut voir ces comportements-là plus souvent, pour gagner du temps», expose-t-elle. Mais lorsqu’il y a une pente, une courbe ou une visibilité réduite sur la circulation venant en sens inverse, les voies sont séparées par des lignes pleines. «Il y a une raison, insiste la porte-parole de la SQ. C’est qu’on n’est pas capable de s’assurer de l’absence de danger avant de faire la manœuvre.»
Des milliers de collisions
Entre janvier 2019 et novembre 2024, la SQ a enregistré plus de 3800 collisions sur la 50. Du lot, 47 ont fait des blessés graves. Et 28 ont causé des décès. Depuis, d’autres noms se sont ajoutés à cette funeste compilation.
Dans le cadre d’un projet baptisé Zone zéro, lancé en juin dernier, la SQ a identifié dix tronçons de route accidentogènes afin d’y intensifier les interventions.
Sur ces dix «sites névralgiques» répartis aux quatre coins de la province, deux sont situés sur la 50. Il y a le tronçon reliant Gatineau à Lachute, mais aussi une autre portion d’une vingtaine de kilomètres à Mirabel.
«Juste le fait que la SQ choisisse presque l’entièreté de la 50 pour son projet Zone zéro, ça en dit long», lance le député libéral de Pontiac, André Fortin.
Surnommée «l’autoroute de la mort» par plusieurs, la 50 est souvent boudée au profit de l’autoroute ontarienne 417. «Il y a beaucoup de gens qui ont cette réflexion-là, oui, reconnaît la lieutenante Kemp à la SQ. Quelle route je prends?»
Les résidents de la Petite-Nation, de leur côté, se demandent souvent s’il est mieux d’emprunter la 50 ou la route 148, qui longe la rivière des Outaouais, un peu plus au sud. Pour le préfet de la MRC de Papineau, Paul-André David, c’est la 148 qui l’emporte quand il rend visite à ses filles à Montréal.
La députée de Hull, Suzanne Tremblay, admet que «chaque accident qu’il y a, c’est un accident de trop». Elle souligne que dans la majorité des cas, les comportements humains sont en cause. D’où l’intérêt d’agir en prévention, insiste-t-elle.
«Dans le néant le plus total»
La SQ a choisi de bonifier ses interventions sur les routes du projet Zone zéro. Pour la surveillance des chantiers de construction et la réalisation d’opérations policières sur l’autoroute 50, un budget a été alloué pour 900 heures supplémentaires en 2024-2025, puis pour 740 autres heures l’année suivante.
Des radars photo mobiles ont été ajoutés. Québec doit aussi installer au cours des prochains mois une «glissière semi-rigide au centre des voies contiguës» sur un tronçon d’environ 10 kilomètres, entre Grenville-sur-la-Rouge et Brownsburg-Chatham, dans les Laurentides.
Le ministère des Transports souligne qu’il mène également «une étude de solutions pour déterminer les prochaines mesures visant à améliorer la sécurité [...] entre L’Ange-Gardien et Grenville-sur-la-Rouge». Il est toutefois «trop tôt pour s’avancer sur des dates de réalisation des travaux à venir sur les tronçons à voies contiguës restants», indique-t-on.
«Il n’y a pas de date fixe», admet la députée Suzanne Tremblay. Elle affirme tout de même que ce projet «reste une priorité» pour son parti, tout en rappelant que certains tronçons ont été élargis ces dernières années. «Le dédoublement, c’est notre plus grand souhait aussi», dit-elle.
De son côté, le libéral André Fortin presse Québec d’établir «un plan de travail pour les prochaines années».
L’élargissement à quatre voies sera dans la plateforme du Parti libéral du Québec, assure-t-il, «parce que c’est une autoroute qui est dangereuse».
Le député note que le dossier de la 50 «revenait toujours dans les discussions» lorsqu’il était ministre des Transports, de 2017 à 2018. «C’est pour ça qu’à l’époque, on avait lancé les analyses de sol et les analyses environnementales pour le tronçon Lachute-Mirabel, qui est parmi les tronçons particulièrement problématiques.»
Avec la campagne électorale provinciale qui approche, les élus locaux comptent aussi faire savoir aux candidats à quel point l’élargissement doit être une priorité. Dans la MRC de Papineau, Paul-André David craint que l’installation d’une glissière vienne «retarder l’élargissement».
En donnant l’exemple de l’élargissement de l’autoroute 73 reliant Québec au Saguenay, le préfet estime que le dossier de la 50 illustre à quel point l’Outaouais n’est pas considérée avec autant d’«importance» que d’autres régions.
M. David rappelle aussi que les politiciens font des promesses sur la 50 depuis les années 1970. «Je trouve ça aberrant. Ça fait plus de 50 ans!»
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