Cégep: l’idée d’un quatrième campus ne fait pas l’unanimité
Par Daniel LeBlanc, Le Droit
5 mai 2026 à 04h10
Le Cégep de l’Outaouais songe à louer des espaces dans le secteur du Plateau, à Gatineau, pour y établir un nouveau campus qui pourrait accueillir jusqu’à 600 étudiants. Un projet qui ne fait pas l’unanimité.
La croissance à vitesse grand V se poursuit au Cégep de l’Outaouais. L’hiver dernier, il a enregistré sa plus forte augmentation de nouvelles demandes d’admission en 60 ans d’histoire.
En parallèle, sa demande d’ajout d’un étage au campus Félix-Leclerc a essuyé un quatrième refus de Québec, qui exige que l’institution d’enseignement se tourne vers des solutions alternatives.
«On nous recommande fortement des solutions non immobilières [hors du Plan québécois des infrastructures], explique son directeur général, Steve Brabant. Et non immobilières, ça inclut des espaces locatifs à proximité, des espaces de débordement, des extensions de nos campus.»
Le grand patron du Cégep confirme que des négociations, qui avait jusqu’ici été tenues secrètes, ont d’abord eu lieu avec l’entreprise immobilière Junic pour s’installer à AGORA, à la limite des secteurs Aylmer et Hull. Jusqu’à 200 étudiants auraient pu y être accueillis, mais le projet a été abandonné.
Depuis, les discussions se poursuivent, mais l’envergure du projet a pris de l’ampleur et prévoit maintenant une plus grande masse critique d’étudiants sur un nouveau site à déterminer.
«Là, on est plus dans l’ordre de 550 à 600 étudiants, pour que ce soit un projet encore plus significatif, durable et garant d’une expérience d’apprentissage comparable ou équivalente [aux autres campus], explique M. Brabant , ajoutant que «comparable ne veut pas dire exactement la même».
Le président du Syndicat des enseignantes et enseignants du Cégep de l’Outaouais, Christian Bernier, souligne que «beaucoup de bémols» ont été émis, ces derniers mois, quant au projet caressé par l’administration.
Pour le syndicat, même si la direction cible des programmes plus «faciles» à déménager, elle devrait se tourner vers une solution plus porteuse. «Même en sciences humaines, il y a des labos», rappelle M. Bernier.
Selon lui, la Commission des études a clairement fait savoir que «la priorisation d’un nouveau campus devrait être en tout dernier dans l’ordre des solutions à privilégier».
Privilégier un (autre) agrandissement
Un campus de petite taille représentera un défi, tant pour les étudiants que le personnel, croit le leader syndical. Christian Bernier affirme qu’on doit aussi limiter les déplacements. Le coeur du secteur du Plateau, à titre d’exemple, est situé à environ sept kilomètres du campus Gabrielle-Roy.
C’est Québec qui a la responsabilité de «rendre les études accessibles», souligne M. Bernier, plaidant pour l’agrandissement des bâtiments. «Il y a tout un mode de vie, une façon d’organiser la région qui tourne autour des campus déjà existants, dit-il. Les transports en commun sont pensés comme ça, toute l’accessibilité physique est pensée ainsi.»
Selon le leader syndical, le travail collaboratif entre enseignants est déjà complexifié par le fait qu’on compte deux principaux campus à Gatineau. Ajouter un autre pôle en ajoutera une couche, pense-t-il.
Il cite en exemple le programme Technologie de radiodiagnostic qui, depuis trois ans, a été offert à même l’Hôpital de Hull, compte tenu que la nouvelle aile du Cégep n’ouvrira que cet été.
«Comme on n’a pas été capable d’offrir les cours à l’interne, il a fallu louer des locaux au CISSSO. Il faudrait en parler aux profs et aux étudiants qui ont vécu ça, parce que c’était le bordel. Tout le monde a pédalé, mais pas à peu près», dit-il.
Une bonne acceptabilité, dit la direction
Le directeur général Steve Brabant est persuadé que l’opinion exprimée par les syndicats ne reflète pas celle «de la majorité de la communauté enseignante ou de l’ensemble des employés», soulignant que plusieurs consultations ont été menées tant à l’interne qu’à l’externe.
Un sondage, entre autres, a conclu que 72 % des répondants pensent que la gestion de la croissance doit être l’une des cinq priorités d’intervention du prochain plan stratégique, cite-t-il en exemple.
Avec la «marge de manoeuvre assez limitée» envisagée pour les espaces à moyen terme et le fait qu’un centre d’études collégiales à Maniwaki a été écarté de l’équation, le Cégep n’a d’autre choix que de procéder à un recensement complet des lieux disponibles à proximité des campus existants.
D’ici septembre, le Cégep lancera un avis d’intérêt visant à solliciter tout propriétaire foncier intéressé à fournir des espaces existants ou encore à construire des locaux sur mesure pour ensuite les louer à l’établissement.
La superficie recherchée serait d’environ 2300 mètres carrés, si bien que la facture annuelle pourrait avoisiner le million de dollars. Si les coûts surpassent la marque des 5% du budget de fonctionnement du Cégep, celui-ci devra obtenir l’aval du ministère des Finances.
«Attendre qu’il y ait des investissements additionnels, quand on nous dit qu’il n’y en aura pas dans les prochaines années, ce serait mettre à risque notre mission», conclut M. Brabant.
https://www.ledroit.com/actualites/educa...e-qui-divise-JKOBUKKOKVFQ5DQJ7JY3UUVUIA/