Un mini hôpital reproduit dans les murs de l’UQO
Par Daniel LeBlanc, Le Droit
28 novembre 2025 à 04h02
Salles de simulation de haute fidélité avec caméras et baies vitrées à sens unique permettant de faire de l’observation, mannequins intelligents qui parlent, respirent, toussent et peuvent même uriner.
Voilà ce qu’on retrouve dans les laboratoires en sciences infirmières de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) ont été métamorphosés de A à Z.
Rénovés, agrandis et maintenant dotés d’équipement à la fine pointe de la technologie qui permet de vivre des situations qui ressemblent à s’y méprendre à la «vraie vie», ces espaces ont pu voir le jour grâce à un don de 1,5 million à la Fondation de l’UQO du philanthrope et homme d’affaires gatinois Camille Villeneuve, il y a quatre ans.
«C’est excitant. [...] Avant, on avait un petit laboratoire avec quelques mannequins, mais là on a comme une reproduction d’un mini hôpital, avec de l’équipement à la fine pointe. C’est une fierté, on est vraiment reconnaissants d’avoir pu bénéficier de ce don-là, lance la rectrice Murielle Laberge, qui parle d’un levier concret pour une profession essentielle. Tout le monde connaît les besoins criants en santé. On espère que ça va attirer davantage de gens à venir étudier dans la région et s’y installer.»
Les laboratoires, qui porteront désormais le nom du président et fondateur de l’entreprise Multivesco, constituent un grand pas en avant, pense la directrice par intérim du département des sciences infirmières, Martine Potvin.
Superviseure clinique en sciences infirmières, Joëlle Bergevin-Scott croit que le réalisme auquel feront maintenant face les cohortes d’étudiants va en séduire plus d’un.
«On arrive dans un environnement, dans de petits cubicules où on se sent vraiment comme dans une chambre d’hôpital. Ça met les étudiants dans le bain réel, sans le contexte de stress, si je peux dire, mais où ils peuvent pratiquer avec des mannequins intelligents la technologie où ça va vraiment les confronter à une réalité qui n’est pas inerte comme avant», détaille-t-elle.
Les miroirs à sens unique permettent aux professeurs d’aller observer les actions posées par les étudiants, tout en contrôlant à l’aide d’un technicien informatique des gestes ou sons que le mannequin peut faire de l’autre côté, selon les situations.
«On va regarder, donc on ne sera pas dans leur environnement, ça leur permet d’avoir un peu plus d’assurance, d’autonomie pour faire leurs soins. On peut leur parler à l’aide d’un micro s’ils ont des questions, ils peuvent demander un temps d’arrêt si le stress monte, explique Mme Bergevin-Scott. On n’est pas physiquement à côté d’eux, mais ils savent que nous sommes là.»
«On est passé en 2025, on prépare 2030»
En plus des mannequins qui représentent diverses catégories d’âge dont les nouveaux-nés , les laboratoires disposent désormais d’une quantité beaucoup plus importante de fausses plaies et de fausses parties d’anatomie – des bras, des jambes, des seins, des bassins, par exemple –, énumère Martine Potvin, qui permettent à tous les étudiants de faire divers examens simultanément.
«C’est du matériel qui est en plus en plus réel, qui ressemble vraiment à la vraie vie, alors quand ils arrivent dans les milieux cliniques, c’est tout à fait naturel. Nous sommes rendus aussi à l’étape de l’introduction de la réalité virtuelle, indique-t-elle. On est passé en 2025 et on prépare le 2030. On a vraiment l’infrastructure, la philosophie et aussi l’équipe formée. On devient un centre de référence en Outaouais.»
Pour Méganne Lauzon, étudiante en troisième année au baccalauréat en sciences infirmières, il est clair que ces installations au goût du jour sont un gros point tournant. À son avis, elle et ses collègues arriveront sur le marché du travail avec une «une meilleure assurance et une compréhension plus fine du système».
Décrivant comme «un immense honneur» le fat d’inaugurer ces locaux, Camille Villeneuve a confié que son soutien à un tel projet s’était imposé tout naturellement dès le départ.
«C’est un moment important non seulement pour l’UQO mais pour tout l’Outaouais. J’ai bâti ma vie d’affaires ici, j’y ai vu une région ambitieuse, résiliente et surtout capable de grandes choses en faisant confiance à nos jeunes, a-t-il lancé, se disant convaincu que le tout retiendra les talents ici. [...] Ces laboratoires sont plus qu’un lieu d’apprentissage, c’est un espace d’excellence.»
La profession infirmière demande «du courage, de la rigueur et beaucoup d’amour», a renchéri le mécène.
Sans le versement de cette contribution privée, l’UQO ne serait pas parvenue à obtenir un résultat d’une telle ampleur et, surtout, pas à la même vitesse, concède la rectrice.
«Je pense qu’on aurait fini par y arriver, mais à beaucoup plus petite échelle. On aurait eu une mini version, alors que là, vous voyez tout l’espace qu’on occupe avec les laboratoires», répond Mme Laberge. Elle se dit confiante qu’avec le nouvel hôpital régional en planification, il y aura une sorte de continuité car les futurs travailleurs seront encore exposés à de l’équipement dernier cri.
Un coup de pouce pour le Cégep
Cette dernière affirme par ailleurs que bien que la situation du Cégep de l’Outaouais – qui a dû refuser plus de la moitié des demandes d’admission en sciences infirmières cet automne en raison du manque d’espace – n’ait pas d’impact collatéral sur l’UQO, il a été convenu récemment de leur prêter des espaces.
«Il faut mutualiser les ressources, c’est extrêmement important. Plus on en forme [des étudiants], c’est l’ensemble de la population de l’Outaouais qui va en bénéficier», spécifie-t-elle.
Tous cycles confondus, l’UQO – seule institution universitaire francophone à offrir les cinq voies dont celle menant à la profession d’infirmière praticienne spécialisée –, compte quelque 1300 étudiants en sciences infirmières à ses campus de Gatineau et Saint-Jérôme. Le corps professoral, incluant les chargés de cours, est composé de plus de 230 personnes.
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