Gatineau repousse des travaux en attendant le tramway
Par Mathieu Bélanger, Le Droit
1er juin 2026 à 04h00
De vieux égouts à changer dans Val-Tétreau. Des cyclistes à protéger dans le Plateau. De l’asphalte à étendre sur des boulevards amochés. Près d’une vingtaine de chantiers municipaux totalisant plusieurs dizaines de millions de dollars dans l’ouest de Gatineau sont repoussés ou voient leur portée réduite en attendant le tramway, a appris Le Droit.
Les districts du Plateau et de Val-Tétreau sont les plus touchés, mais Hull-Wright et Lucerne ne sont pas en reste, d’après une liste mise à jour au début du mois de février et récemment remise au conseil municipal par les fonctionnaires. Il est essentiellement question de travaux de voirie.
Ces projets sont tous à des stades différents de planification. Certains font encore l’objet d’études, alors que d’autres sont à l’étape des plans et devis, voire sur le point d’être lancés. Ils ont tous en commun d’être sur le tracé envisagé du tramway. Les travaux dont la réalisation ne peut plus attendre sont réalisés partiellement, en considérant qu’ils seront terminés ou bonifiés lors du chantier du tramway.
Dans d’autres cas, il a été déterminé que le mieux à faire est d’attendre pour éviter de devoir tout refaire dans quelques années. Il s’agit pour les fonctionnaires d’une question d’efficacité et de saine gestion des fonds publics, précise-t-on.
Sur la liste obtenue par Le Droit on retrouve notamment l’ajout ou le réaménagement de liens cyclables sur les boulevards du Plateau, de Lucerne et Alexandre-Taché. Ces projets de mobilité sont pour l’instant sur la glace parce que le passage éventuel d’un tramway forcerait une reconfiguration complète de ces artères. L’ampleur du chantier intégrerait par la force des choses ces nouvelles infrastructures cyclables.
Les réfections routières sur les boulevards du Plateau et Saint-Raymond voient pour leur part leur portée réduite. Plutôt que d’investir plus d’argent dans le but d’exécuter des travaux d’asphaltage dont la durée de vie atteindrait 25 ans, la Ville planifie une réfection bonne pour huit ou dix ans, en attendant les travaux de plus grande envergure liés au tramway.
Continuer d’avancer… en attendant
«Jusqu’au transfert du projet de tramway à Mobilité Infra Québec (MIQ), en février, on travaillait avec le Bureau de projet de la Société de transport de l’Outaouais (STO) pour ajuster et coordonner dans le temps nos interventions en fonction du tramway qui devait arriver plus tard, explique Luc St-Arnaud, chef du service de la planification des actifs et des investissements à la Ville de Gatineau. On continue pour l’instant la planification de nos travaux en considérant encore qu’il y aura un tramway qui passera par là un jour.»
Le niveau d’incertitude a cependant grimpé de plusieurs crans depuis la décision du gouvernement du Québec de transférer le projet de tramway dans les mains de MIQ. Les propos tenus par le ministre des Transports, Benoit Charrette, jeudi dernier, pendant l’étude des crédits budgétaires, concernant les coûts «excessivement, excessivement élevés» du projet, ont été perçus par certains comme le début d’un désengagement de Québec.
La PDG de Mobilité Infra Québec, Renée Amilcar a le mandat d’«optimiser» le projet et de présenter au prochain gouvernement qui sera en place en novembre des recommandations quant au financement. Est-ce que le tracé de 24 km sur deux branches envisagé depuis des années par la STO pourrait être réduit pour faire baisser la facture finale? Est-ce qu’une nouvelle séquence des travaux pourrait être de nature à remettre en question la décision de la Ville de décaler ou modifier certains projets d’infrastructures municipales?
«On continue toujours de se questionner, reconnaît M. St-Arnaud. Est-ce qu’on doit, par exemple, ajouter de l’épaisseur à l’asphalte qu’on va mettre sur le boulevard Saint-Raymond cet été pour que ça dure plus longtemps? On continue de travailler en fonction de l’arrivée éventuelle d’un tramway, mais on va peut-être devoir s’ajuster en raison des délais de sa réalisation.»
Quant aux liens cyclables dont l’aménagement a été carrément mis de côté pour être intégré au chantier du tramway, une «réflexion plus profonde» s’impose dans les services municipaux, dit-il. Ces projets n’étaient pas prévus à très court terme, mais ils répondent à des objectifs de mobilité active identifiés par le conseil. Des recommandations à cet effet devront éventuellement être faites au conseil par les services municipaux.
Les égouts de Val-Tétreau
Dans le secteur de Val-Tétreau, le casse-tête des ingénieurs dépasse largement les décisions sur l’épaisseur de la couche d’asphalte à étendre sur la chaussée. Le quartier est depuis longtemps dû pour une réfection majeure de son vieux système d’égout unitaire.
La Ville doit toutefois connaître avec précision le tracé qu’emprunterait le tramway avant de planifier l’aménagement souterrain des nouvelles canalisations. Ces travaux sont planifiés pour 2029, d’après la liste remise aux élus par l’administration.
«On ne peut pas refaire les mêmes travaux deux fois, précise le conseiller du secteur, Adrian Corbo. On doit reporter jusqu’à ce qu’on sache où installer les canalisations. On doit attendre que Mobilité Infra Québec détermine le tracé du tramway. Une fois qu’on aura ces informations, on saura où faire passer les tuyaux. On attend les retours de MIQ.»
M. Corbo admet que la Ville de Gatineau ne pourra cependant pas attendre indéfiniment pour mettre en branle cet important chantier. «Comme élu du district, il y aura un point de friction à trouver, dit-il. Un moment donné, il va falloir que Québec se décide parce que nous, on va devoir aller de l’avant avec nos travaux. Je ne peux pas dire à quel moment surviendra ce point de friction. Ce n’est pas comme si ça provoquait un problème pour les gens. Là, je serais beaucoup moins patient.»
Le conseiller admet avoir toutefois moins de patience avec l’aménagement du boulevard de Lucerne. «On doit dès maintenant réfléchir à comment on va sécuriser cette artère-là, sans attendre le tramway, insiste-t-il. C’est dans les cartons. On doit réévaluer la place de l’automobile sur Lucerne et proposer des équipements de transport actif sécuritaires.»
Des dépenses supplémentaires
Trois projets déjà réalisés ou en voie de l’être ont pour leur part fait l’objet de dépenses supplémentaires en prévision du passage du tramway. D’après la liste remise au Droit, il s’agit de l’étude d’impact pour l’élargissement du chemin Vanier, l’aménagement de la conduite sanitaire devant desservir la nouvelle résidence étudiante de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), ainsi que l’exutoire pluvial qui sera construit cet été entre le boulevard Saint-Joseph et la rivière des Outaouais.
«Dans les cas où c’était évident, on a installé des conduites tout de suite au bon endroit pour ne pas avoir à le refaire lors du chantier du tramway, note Luc St-Arnaud. On a aussi ajouté une gaine pour renforcer une conduite. Ça représente certains coûts supplémentaires. C’est documenté, mais ce n’est pas significatif pour l’instant. Le moment venu, la Ville pourra déterminer si ce sont des dépenses pour lesquelles elle souhaitera être compensée à l’intérieur du budget de la réalisation du tramway.»
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