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Posted Dec 13, 2021, 5:01 PM
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Un important gisement d’énergie gaspillé
MATHIEU BÉLANGER
Le Droit, 10 decembre 2021
De toutes les villes du Québec, Gatineau est celle qui présente le plus grand potentiel de réutilisation d’énergie gaspillée pour chauffer ou refroidir des immeubles de son territoire, a appris Le Droit. À eux seuls, les rejets de chaleur provenant de la production de l’usine de papiers Kruger, rue Laurier, pourraient chauffer la totalité des bâtiments du centre-ville pendant toute une année.
C’est l’un des constats d’une vaste étude, terminée en août dernier, portant sur l’évaluation du potentiel de valorisation des rejets thermiques au Québec. Commandée par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN), l’étude dont nous avons obtenu copie a été réalisée par une équipe multidisciplinaire composée de chercheurs, d’analystes et d’ingénieurs de l’Université de Montréal, de Polytechnique Montréal, du Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services et du Centre de transfert technologique en écologie industrielle.
Le directeur de l’étude, Bruno Marcotte, ingénieur au département de génie mécanique de Polytechnique Montréal, précise que l’observation faite dans le centre-ville de Gatineau est avant tout théorique.
Le directeur général du Conseil régional de l’environnement et du développement durable (CREDDO), Benoit Delage, se désole du potentiel énergétique perdu au centre-ville de Gatineau en raison de l’insouciance du passé. La Maison du citoyen est chauffée au gaz, alors que juste face, Kruger rejette 35 gigajoules par heure, selon l’étude dirigée par M. Marcotte.
«L’énergie est là, depuis des années, et personne, aucune institution autour, n’a pensé saisir cette opportunité, lance-t-il. On gaspille notre énergie. Combien d’années de factures de chauffage de leur hôtel de ville les Gatinois auraient pu économiser en réutilisant l’énergie rejetée par le voisin ? On n’a jamais pensé à construire comme ça. L’édifice Jos Montferrand, juste à côté, c’est pareil.
Les occasions manquées sont nombreuses à travers le Québec. Le potentiel d’énergie industrielle gaspillé au Québec représente la même somme d’énergie consommée en une année par le secteur résidentiel à la grandeur de la province. C’est énorme.»
Le cas Zibi
Une boucle d’échange thermique entre les immeubles du nouveau quartier Zibi et l’usine Kruger vient d’être aménagée, après des années d’analyses, explique le directeur de l’usine, Daniel Morneau. Le projet qui consiste à valoriser les rejets de chaleur provenant des eaux de production de la papetière fait d’ailleurs l’objet d’une étude de cas dans le rapport commandé par le MERN.
«Il y a eu beaucoup d’années de travail, mais ça se passe bien, assure M. Morneau. L’idée de Zibi nous a amenés ailleurs. On voulait d’abord voir si le projet n’allait pas augmenter notre risque environnemental, augmenter nos rejets à la rivière, ou avoir un impact sur notre production. On voulait s’assurer de ne pas compromettre notre fonction première.»
Le projet de valorisation thermique entre Zibi et l’usine de la rue Laurier a permis à Kruger de réduire ses émissions de GES de plus de 4000 tonnes par année, selon l’étude de cas, soit l’équivalent de 8 % de ses émissions de GES annuellement, ajoute M. Morneau. «Pour nous, c’est un wow», dit-il.
Le directeur de l’usine mentionne que l’expérience vécue avec Zibi amène la compagnie à vouloir pousser la réflexion quant à la valorisation de ses rejets thermiques. «On est prêt à le regarder, que ce soit avec un partenaire comme le musée [canadien de l’histoire] ou la Ville [de Gatineau], dit-il. On procéderait comme nous l’avons fait avec Zibi, en évitant les risques environnementaux. Il faudrait voir comment, avec de l’aide gouvernementale, on pourrait faire naître un autre projet.»
Benoit Delage note que le gouvernement fédéral investit présentement 2,6 milliards de dollars pour refaire tout son réseau d’échange de chaleur et qu’il y a une ouverture du gouvernement à ce que d’autres partenaires puissent venir se greffer à son réseau. La réalisation de travaux majeurs au centre-ville comme le réaménagement de la rue Laurier, l’arrivée du tramway, la réalisation de la boucle ferroviaire et la décontamination de plusieurs sites doivent devenir des opportunités de réparer les erreurs du passé, affirme le directeur du CREDDO.
Bruno Marcotte est d’avis que de plus en plus de projets de transfert de chaleur verront le jour dans les prochaines années au Québec. «Les coûts de l’énergie augmentent, donc à certains endroits ça deviendra économiquement une bonne idée de le faire, dit-il. Ça viendra réduire aussi les émissions de GES. La possibilité de raccorder des partenaires au réseau d’échange de chaleur du fédéral pourrait certainement être bénéfique à Gatineau.»
+ Un nouveau système de chauffage de 2,6 milliards pour le fédéral
Le système de chauffage et de refroidissement du gouvernent fédéral est désuet, polluant et en fin de vie utile. Il est, à son échelle, l’équivalent de cette vieille fournaise, cachée au sous-sol, qui doit être changée depuis longtemps. Les cinq centrales qui le constituent ont toutes été conçues entre 1916 et 1971. Le vaste chantier annoncé en 2017 pour le moderniser d’ici 2025 est aujourd’hui évalué à 2,6 milliards de dollars.
La centrale de chauffage et de refroidissement (CCR) du pré Tunney sera reconstruite à neuf, comme celle de la rue Cliff et de l’Imprimerie nationale, dans le secteur Hull.
La CCR des buttes de la Confédération sera rénovée alors que celle du Conseil national de recherches sera mise hors service.
Un passage du communiqué de presse émis en 2017 par le gouvernement fédéral, lors de l’annonce des travaux à venir, attire particulièrement l’attention du Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais (CREDDO).
«Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) entend collaborer étroitement avec les villes d’Ottawa et de Gatineau, ainsi que l’industrie locale, pour faire en sorte que le programme soit adaptable et évolutif pour que d’autres partenaires puissent éventuellement y participer», est-il précisé.
Le directeur général du CREDDO, Benoît Delage, voit le réseau d’échange de chaleur qu’est en train de redéployer le gouvernement comme une infrastructure publique à laquelle pourraient se greffer de nombreux partenaires privés et institutionnels, notamment au centre-ville de Gatineau.
Le réseau de distribution de chaleur associé à ces centrales totalise 14 kilomètres. Il utilise des tunnels de service, des canalisations enfouies et des traversées de pont.
Cela permet de chauffer 80 immeubles fédéraux et en refroidir 67 dans la région de la capitale fédérale, assurant ainsi le confort de 50 000 fonctionnaires.
Les travaux à la CCR de l’Imprimerie nationale sont en cours. Cette dernière avait été conçue à l’origine pour servir d’auxiliaire pour la production de vapeur à la centrale de la rue Cliff. Son réseau de transfert de chaleur qui passe sous le pont Cartier-MacDonald.
Le contrat attribué par le fédéral à Innovate Energy, en 2019, prévoit un investissement de 1,1 milliard par la conception et la construction du nouveau système.
Une somme de 1,6 milliard permettra ensuite d’exploiter et d’entretenir le réseau pendant 35 ans.
« Des représentants du réseau d’échange de chaleur du fédéral sont venus présenter leur projet à la table des partenaires du centre-ville de Gatineau, souligne M. Delage. Il y a même eu une rencontre au bureau du maire. Le projet du fédéral prévoit une ouverture aux partenariats avec d’autres institutions publiques et des entreprises privées du milieu. Il ne s’est cependant rien passé depuis et c’est malheureux. Ce réseau d’échange de chaleur devrait être un produit d’appel pour un centre-ville qui cherche à attirer du monde et des compagnies. Plusieurs entreprises ont comme objectif de devenir zéro carbone. »
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https://www.ledroit.com/2021/12/10/un-im...aspille-aea465294433cb1a98fc7c5957a6aaa0
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