L’arche d’entrée du cimetière Notre-Dame de Gatineau: une œuvre remarquable
Par Michel Prévost
6 avril 2025 à 12h01
NOTRE HISTOIRE / L’entrée du cimetière Notre-Dame, dans le secteur Hull, à Gatineau, se démarque par sa majestueuse arche en pierres de taille grises, coiffée d’une magnifique statue, l’Ange de la mort.
La structure centenaire, composée de trois arches, dont une principale au centre pour les véhicules et deux plus petites sur les côtés pour les piétons, s’avère unique dans l’archidiocèse de Gatineau. De plus, elle est l’une des plus imposantes du Québec.
Cette arche, mise en valeur par des murets de pierres de chaque côté à l’avant, est inaugurée, le 24 juin 1902, jour de la Saint-Jean-Baptiste. On peut voir de chaque côté, dans la pierre calcaire « A.D. 1902 », A.D. étant l’abréviation qui signifie après Jésus-Christ.
Une œuvre de l’architecte Charles Brodeur
L’arche est l’œuvre d’un jeune architecte hullois, Charles Brodeur (1871-1936). Originaire de Saint-Hyacinthe, Brodeur s’établit à Hull, en 1900. Il obtient l’un de ses premiers contrats des Oblats, une communauté religieuse très présente dans la région, qui possède, depuis 1872, le cimetière Notre-Dame de Hull. D’ailleurs, plusieurs oblats reposent dans une partie du lieu de sépultures réservée pour la communauté.
Pour Brodeur, ce contrat sera un tremplin pour plusieurs autres bâtiments religieux dans le grand archidiocèse d’Ottawa, qui englobe alors l’Outaouais, puisqu’on lui doit les plans de plusieurs églises catholiques, notamment celles de Notre-Dame-de-la-Salette, Gracefield et Montcerf, en Outaouais et celles de Saint-François-d’Assise, à Ottawa, ainsi que celles de Hammond et Clarence Creek, dans l’Est ontarien. L’architecte hullois dessine également les plans du bâtiment principal du Collège Saint-Alexandre, sur les rives de la rivière Gatineau.
L’Ange de la mort
L’imposante arche d’entrée du cimetière Notre-Dame ne serait pas la même sans sa magnifique statue, l’Ange de la mort, réalisée par le sculpteur sur bois et modeleur, Joseph-Arthur Vincent. Il s’agit de l’Ange de la mort annonçant, au son de la trompette, le Jugement dernier. Pour les chrétiens, il s’agit de l’instant où les âmes seront jugées pour savoir si elles passeront l’éternité en enfer ou au ciel.
Cette sculpture s’avère la dernière œuvre importante de Joseph-Arthur Vincent, puisqu’il décède, l’année suivante, à l’âge de seulement 49 ans. Sa principale réalisation s’avère toutefois le remarquable baldaquin en bronze de la basilique-cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal, réalisé vers 1895, et inspiré de celui de Saint-Pierre de Rome.
La belle statue fabriquée de cuivre martelé est aujourd’hui vide, mais il est bien possible qu’elle ait déjà possédé une ossature de bois, car les statues de cuivre martelées à cette époque sont souvent moulées sur une statue de bois, que l’on appelle une âme. Avec le temps, le bois se décompose sous le recouvrement de cuivre. Cela dit, on ne saura jamais avec certitude si la statue, trônant sur l’arche, avait son âme.
À la surprise de tous, le restaurateur trouve une capsule de temps où l’on a déposé dans un bocal en verre, une liste des noms de tous les paroissiens ayant généreusement donné des montants allant d’un à dix dollars. Ce document précieux pour l’histoire du cimetière est remis aux archives oblates.
Dix ans plus tard, la direction des Jardins du Souvenir replace dans la statue une nouvelle capsule de temps avec un document dactylographié identifiant le nom des donateurs, en y ajoutant la carte professionnelle du ferblantier-restaurateur et les noms du personnel du cimetière Notre-Dame, en 1977 et 1987.
De généreux donat
Sur l’arche d’entrée, on aperçoit de chaque côté une plaque de cuivre où est inscrit le nom de tous les souscripteurs de plus de dix dollars, une somme importante à l’époque.
Parmi les plus généreux donateurs, soulignons le maire de Hull de l’époque, Victor-Ovide Falardeau, le docteur Louis Duhamel, un ancien député à Québec et frère de l’archevêque d’Ottawa, Monseigneur Joseph-Thomas Duhamel, ainsi que le notaire Nérée Tétreau, dont un quartier du secteur Hull porte le nom. D’ailleurs, ces personnalités reposent au cimetière Notre-Dame.
Un ensemble exceptionnel
Bien que l’arche d’entrée, avec son ange de la mort, s’avère une œuvre architecturale d’une très grande valeur, sa richesse repose également sur le fait qu’elle compose un ensemble exceptionnel avec le charnier en pierres grises, érigé à la fin du 19e siècle, et surtout la magnifique maison du gardien du cimetière, de style Queen Anne, érigée, en 1915 et restaurée en 2015. Nous y reviendrons dans une chronique ultérieure.
Somme toute, cet ensemble patrimonial à l’entrée du cimetière Notre-Dame s’avère unique en Outaouais et demeure une source de grande fierté pour les Jardins du Souvenir. Prenez le temps de l’admirer.
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