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Maison du citoyen (Gatineau City Hall)

Faut-il démolir la Maison du citoyen?
Par Mathieu Bélanger, Le Droit
2 septembre 2025 à 04h10




La perspective a de quoi étonner, mais l’idée de raser la Maison du citoyen pour reconstruire un tout nouvel hôtel de ville est tout à fait sérieuse. Le Droit a appris que le scénario fait l’objet d’analyses depuis au moins un an au sein de la haute direction de la Ville de Gatineau.

Selon nos informations, le comité exécutif est au fait de cette possibilité depuis octobre 2024. Le conseil municipal en a pour sa part été saisi, à huis clos, au printemps dernier. La population devait en être avisée seulement une fois les élections passées, vraisemblablement lors de l’étude du budget 2026.

En plus d’une démolition qui serait suivie d’une reconstruction d’un nouvel hôtel de ville, trois autres scénarios sont à l’étude par les services municipaux concernant l’emblématique immeuble du 25, rue Laurier. Toutes les options mises de l’avant renferment des implications financières importantes pour la Ville et ses contribuables.

La mairesse Maude Marquis-Bissonnette n’a pas l’intention de soumettre cet épineux dossier au vote d’ici la fin du présent mandat. Son adversaire à la mairie, Mario Aubé, n’a lui non plus aucun appétit pour un tel dessein. Tous deux nous l’ont confirmé.

Quatre scénarios

C’est donc entre les mains de la prochaine cohorte d’élus municipaux que sera remis l’avenir de la Maison du citoyen. Ces derniers auront à choisir entre la démolition et la reconstruction de l’immeuble pour une somme estimée de manière préliminaire à 191 millions de dollars, ou la rénovation complète du bâtiment pour 149 millions.

Deux autres options sont proposées par la haute direction. La vente de la Maison du citoyen et l’achat d’un nouvel édifice dans le centre-ville pour une somme évaluée à 91 millions sur 25 ans. Ou encore la vente, puis la location à long terme d’un autre immeuble dans le même secteur pour 95 millions de dollars.



L’élaboration de ces différents scénarios avait été demandée à huis clos par le conseil, au printemps 2024, alors que Daniel Champagne assurait l’intérim au poste de maire. Cela faisait suite à l’évaluation des investissements nécessaires pour le plan de transformation des espaces de travail du personnel administratif de la Maison du citoyen en espaces «partagés»; un mandat donné à la haute direction par l’administration de l’ex-mairesse, France Bélisle.

L’analyse préliminaire soumise par les fonctionnaires montre que l’option de la rénovation complète de l’immeuble, qui s’étendrait sur une période pouvant aller de deux à six ans, est celle qui présente le moins d’inconvénients. À l’inverse, la vente de la Maison du citoyen pour devenir locataire dans un autre immeuble apparaît comme le scénario le moins enviable à long terme.

La vitesse dépendra de l’élection

Invités par Le Droit à réagir à ces informations, les deux candidats confirmés à la mairie de Gatineau sont d’avis qu’il doit revenir au prochain conseil de se positionner sur l’avenir de la Maison du citoyen.

Mario Aubé, plus pressé, estime que les futurs élus devraient prendre une décision à cet effet dès leur élection, avant l’étude du budget 2026. «Avoir rapidement une orientation pour le long terme pourrait aider le prochain conseil à déterminer combien il devra investir pour des travaux plus urgents à court terme», dit-il.

Maude Marquis-Bissonnette croit plutôt qu’il manquera encore trop d’informations pour permettre aux élus de prendre une décision éclairée avant la fin de l’année. Elle précise cependant que cela devra survenir un peu plus tard au courant du prochain mandat, et ce, même si des décisions financières à très court terme concernant l’édifice seront à l’ordre du jour de l’étude du prochain budget.

«C’est évident qu’il faudra mettre le prochain conseil dans le coup après l’élection, affirme-t-elle. Comme propriétaire responsable, on devra prévoir des travaux à faire de manière plus urgente afin de maintenir notre actif encore un bout de temps. Je pense que oui, une orientation sur les scénarios à long terme devra être donnée à l’administration au cours du prochain mandat, mais il y a encore beaucoup d’intrants à mettre dans la balance avant de pouvoir prendre une décision pour la suite.»

D’abord l’urgence

Le prochain conseil sera confronté, dès l’étude du budget 2026, à la nécessité d’investir massivement afin d’assurer le maintien de la Maison du citoyen dans un état suffisamment acceptable et sécuritaire à court terme, le temps de préparer la suite des choses.

Un audit technique réalisé en 2020 — et dont les conclusions nous ont été confirmées par la Ville de Gatineau — a déterminé que la grande majorité des composantes de l’édifice construit en 1980 sont en fin de vie utile ou atteindront ce stade d’ici cinq ans. C’est notamment le cas de la plomberie, des systèmes électriques, des équipements mécaniques et de l’enveloppe du bâtiment.

L’indice de vétusté de l’immeuble a été qualifié de «mauvais». Un tel niveau invite à des travaux urgents de mise aux normes évalués par la Ville à plus de 35 millions de dollars. Il est recommandé de les inscrire sans plus attendre au plan de maintien des infrastructures municipales 2026. Les services recommandent en outre de prévoir ensuite des dépenses annuelles d’environ 600 000 $, soit l’équivalent de 2 % de la valeur du bâtiment, pour assurer le maintien de l’actif.

Reconstruire, rénover ou déménager

La mairesse Maude Marquis-Bissonnette et le chef de l’Équipe Mario Aubé affirment tous deux avoir un préjugé favorable à conserver la Maison du citoyen comme hôtel de ville. Tous deux ne ferment cependant pas la porte à envisager une autre option si les services municipaux devaient faire la démonstration de la nécessité d’aller dans une autre direction.

La cheffe d’Action Gatineau rejette toutefois du revers de la main l’option d’une location d’un autre immeuble à long terme pour loger l’hôtel de ville des Gatinois. «C’est à mon avis impensable qu’une ville loue des espaces pour loger son siège administratif, insiste-t-elle. Je ne veux pas faire l’économie de regarder tous les scénarios. En même temps, démolir un édifice patrimonial qui n’a pas de problème structurel, je ne me vois pas faire ça, même s’il requiert de l’amour de manière significative.»

Elle ajoute au passage que le 25, rue Laurier, n’est pas un hôtel de ville conventionnel. «Ce n’est pas juste des bureaux, insiste-t-elle. C’est un lieu au cœur de la communauté. Il y a une bibliothèque, une salle de spectacle, l’agora, une galerie d’art et des salles polyvalentes qui servent pour toutes sortes d’événements. Il faudra aussi réfléchir à ce qu’il adviendra de tous ces lieux précieux pour la communauté.»



Mario Aubé reconnaît aussi que les citoyens, «particulièrement ceux de Hull», dit-il, ont un attachement particulier envers la Maison du citoyen et qu’en ce sens, il serait «surprenant», selon lui, que la décision soit de démolir l’immeuble. Encore faut-il que les Gatinois aient les moyens financiers pour conserver l’édifice, ajoute le candidat à la mairie.

«Moi, je pense que la Maison du citoyen est un immeuble emblématique qui mérite d’être maintenu, dit-il. Mais à quel coût? C’est ça la vraie question. C’est de ça qu’on devra débattre rapidement dans un prochain mandat. Il faut avoir la nature budgétaire de ce dossier. On n’a pas suffisamment investi dans l’entretien de nos infrastructures au cours des dernières années. Dans le prochain mandat, il faudra rapidement tout mettre sur la table.»

«Cet immeuble c’est du vol»

Toutes les administrations qui se sont succédé au cours des trois dernières décennies à la Maison du citoyen ont, à un moment ou un autre, dû faire face dans l’urgence à des déficiences majeures de l’immeuble. La dernière en lice remonte à l’automne 2024, alors que des infiltrations d’eau ont causé la chute de morceaux du plafond dans l’Agora Gilles-Rocheleau. L’endroit a ensuite été condamné pendant de nombreuses semaines, afin de faire des inspections et des travaux correctifs.

Le 25, rue Laurier, semble être abonné aux mauvaises surprises. Multiples infiltrations d’eau, maçonnerie mal conçue, ascenseur défectueux, absence d’isolation dans les murs; les mauvaises langues diront que l’immeuble à l’architecture audacieuse inauguré en 1980 a tout d’un citron.

En 2014, lors de travaux de maçonnerie entrepris d’urgence, les travailleurs ont découvert que des pans complets de murs ne contenaient aucun isolant. À la même époque, on a découvert que l’immeuble n’avait pas l’armature suffisante pour sécuriser l’édifice en cas de tremblement de terre. Les linteaux qui supportent la brique étaient corrodés et les ancrages se détachaient littéralement de certains murs.

L’ex-maire Maxime Pedneaud-Jobin y est alors allé d’une déclaration qui brûlait probablement les lèvres de ses prédécesseurs. «Cet immeuble c’est du vol, avait-il lancé. C’est soit de la grossière incompétence, soit quelqu’un qui n’avait pas de bonnes intentions.» L’ex-conseiller Denis Tassé avait aussi dénoncé, deux ans plus tôt, des «défauts de conception» de l’immeuble.

https://www.ledroit.com/actualites/actua...n-du-citoyen-NCZPZNPAJ5BKJE5ZERPPXXZA3Y/
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