Une première femme en 177 ans à la tête de l’Université d’Ottawa
Par Daniel LeBlanc, Le Droit et Clémence Labasse
4 juin 2025 à 09h57
Un important plafond de verre vient d’être brisé: les rênes de l’Université d’Ottawa sont confiées à une femme pour la toute première fois depuis la création de la réputée institution en 1848.
L’établissement a annoncé mercredi que c’est Marie-Eve Sylvestre, jusqu’ici doyenne de la Faculté de droit, Section de droit civil, professeure et chercheuse interdisciplinaire de grande réputation, qui deviendra dès le 1er juillet prochain rectrice et vice-chancelière. Elle devient la 31e personne à diriger l’Université.
Après un processus de six mois, sa nomination a obtenu le sceau d’approbation du Bureau des gouverneurs mardi. Son mandat s’échelonnera jusqu’en 2030.
La principale intéressée succèdera ainsi à Jacques Frémont, en poste depuis 2016 et qui avait annoncé l’automne dernier qu’il écourterait d’un an son deuxième mandat.
es travaux de recherche portent sur le droit pénal et les lois et pratiques qui ont un impact discriminatoire sur les populations marginalisées. Ces dernières années, elle a d’ailleurs commenté la situation de l’itinérance en hausse à quelques reprises, signant notamment avec un groupe dans Le Droit en 2023 une lettre ouverte intitulée Itinérance à Gatineau: une violation systématique des droits de la personne qui doit être dénoncée.
Son livre Red Zones: Criminal Law and the Territorial Governance of Marginalized People (Cambridge University Press, 2020), corédigé avec Nicholas Blomley et Céline Bellot, a remporté le prix W.-Wesley-Pue du meilleur ouvrage de l’Association canadienne Droit et Société en 2021.
Fait à noter, Mme Sylvestre est également coprésidente du Comité du Sénat sur la liberté académique de l’Université, un thème qui a fait couler beaucoup d’encre dans la société en général de même qu’entre les murs de l’institution ces dernières années, notamment avec la polémique du mot en N, impliquant la professeure Verushka Lieutenant-Duval, en 2020.
«C’est un grand honneur et un immense privilège de diriger l’Université dans laquelle j’évolue depuis 20 ans. Chaque jour, sur le campus, je constate tout le chemin que notre communauté a parcouru. Ensemble, nous avons transformé notre université en l’une des cinq plus grandes universités de recherche au Canada», déclare la nouvelle rectrice. «Nous attirons ici, en plein cœur de la capitale nationale, une relève et une communauté de recherche en provenance de plus de 150 pays.»
La rectrice désignée dit croire à une université «ancrée dans sa communauté, qui répond aux besoins de celle-ci et qui en bénéficie».
«Il y a des défis sur le plan budgétaire, financier, économique [et aussi] sur le plan politique. Donc c’est important d’avoir des bons leaders pour représenter l’université et sa communauté, et […] montrer que nous sommes un acteur social, économique et culturel vraiment important», commente la nouvelle rectrice mercredi. «C’était une des motivations importantes qui m’a porté à poser ma candidature».
«[...] Nous comptons travailler avec les gouvernements, les groupes communautaires, les organisations internationales et le secteur privé pour relever les plus grands défis sociétaux de notre époque – changements climatiques, Arctique, commerce international, crise du logement, insécurité alimentaire, démocratie et gouvernance – faire progresser la technologie, notamment les technologies quantiques et l’IA, et orienter l’avenir des soins de santé», ajoute-t-elle.
Processus «rigoureux et inclusif»
Depuis l’automne, un comité de 14 personnes nommées par le Bureau des gouverneurs et le Sénat menait un processus de sélection «rigoureux et inclusif» pour la nomination d’un recteur, avec l’appui d’une firme externe et en consultation avec des membres internes et externes de la communauté universitaire.
Avec cette nomination, c’est donc dire – c’est du jamais vu – que deux des quatre universités de la grande région de la capitale nationale seront pilotées par des femmes, soit Mme Sylvestre (Ud’O) et Murielle Laberge (Université du Québec en Outaouais).
Le recteur et vice-chancelier sortant, Jacques Frémont, a salué la nomination de sa successeure, tout en affirmant que «ça a été l’honneur de [sa] carrière de mener cet établissement vers de nouveaux sommets, ces neuf dernières années».
«Je passerai le flambeau à Marie-Eve en sachant qu’en elle, notre communauté trouvera une visionnaire qui sait diriger et bâtir des ponts pour faire ressortir toute la créativité et l’énergie de ce milieu sans pareil, et ainsi poursuivre sur notre lancée collective», a-t-il commenté.
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