Une nouvelle tour de 17 étages au «cœur du cœur» du centre-ville
Par Mathieu Bélanger, Le Droit
15 avril 2025 à 04h00
La construction en plein cœur du centre-ville de Gatineau d’un vaste immeuble résidentiel de 298 logements comprenant une tour de 17 étages, ainsi que la revalorisation de l’ancien Cinéma Cartier, sur la promenade du Portage, sera soumise au vote du conseil municipal, mardi soir.
Le projet est proposé par le Groupe Mach, dont le siège social est situé à Montréal. Il est recommandé par le service de l’urbanisme, ainsi que le comité consultatif d’urbanisme (CCU). Le conseiller du quartier, Steve Moran, affirme au Droit être aussi derrière le projet, même s’il entrevoit la possibilité d’une opposition citoyenne.
Sa réalisation nécessitera un remembrement cadastral de quatre lots, dont le 150, rue Wellington, qui doit être l’adresse officielle de l’immeuble. Les bâtiments du 8 et 10, rue Leduc seront démolis, ainsi que la partie arrière de l’ancien Cinéma Cartier, dont l’adresse est au 119, promenade du Portage. Les démolitions sont déjà autorisées, mais le conseil sera appelé à adopter quatre demandes réglementaires de la part du promoteur, dont la possibilité de faire passer de 12 à 17 étages la hauteur permise à cet endroit. La procédure nécessitera une consultation publique comme prévue au règlement municipal.
Des 298 logements locatifs, 26 seraient des habitations de trois chambres pouvant s’adresser aux familles. Une soixantaine de logements compteraient deux chambres. La majorité des logements, à savoir 168, ne compteraient qu’une seule chambre. Une quarantaine de studios figurent aussi dans les plans. Le Groupe Mach souhaite offrir entre 15 et 30 logements abordables dans l’immeuble.
Le document de présentation du projet déposé au CCU du 24 mars dernier prévoit qu’une partie du bâtiment aura sept étages, alors que la tour serait située en retrait, au carrefour de la rue Leduc. Le rez-de-chaussée comprendrait près de 800 m² d’espace commercial en bordure de la rue Wellington.
Des terrasses seraient aménagées aux 1er, 2e et 8e étages. Près du quart de la toiture de l’immeuble doit être végétalisé. Un stationnement souterrain à trois niveaux comprendrait 233 cases. Plus de 200 cases pour vélos sont aussi prévues au projet.
«C’est un projet qui est dans les cartons depuis de nombreuses années, note M. Moran. Il y a eu plusieurs moutures. Il y a aussi eu une consultation publique qui a été bien menée. Le travail de notre cellule facilitatrice à l’urbanisme a permis de vraiment améliorer le projet. C’est un projet d’importance au cœur du cœur du centre-ville. Il nécessitait un certain doigté et une attention particulière en raison de l’endroit où il s’insère. C’est un lieu patrimonial, à proximité de la place Laval. Il pourrait y avoir une opposition locale, je ne nie pas ce défi, mais je dois dire que plusieurs détails ont été revus pour en arriver à un projet que j’estime très réussi.»
Cinéma Cartier
Le projet de construction nécessite la démolition de la partie arrière de l’ancien Cinéma Cartier qui n’a cependant plus rien à voir avec l’impressionnant établissement inauguré en 1937. Le Groupe Mach s’engage toutefois à préserver le hall d’entrée, ainsi que la façade qui a pignon sur rue au 119, promenade du Portage. Ces deux éléments patrimoniaux protégés par en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel du Québec feraient d’ailleurs l’objet de travaux de restauration. La marquise de l’ancien cinéma serait modifiée afin de se rapprocher de son aspect d’origine, précise le document déposé au CCU.
La restauration de cet espace est un projet qui est cependant à part du vaste projet résidentiel. Le Groupe Mach précise vouloir en faire un local commercial ou d’utilisation communautaire qui permettrait d’en donner un plus large accès au public et de contribuer à dynamiser et animer la promenade du Portage.
Le président de la Société d’histoire de l’Outaouais (SHO), Michel Prévost, écrivait dans Le Droit, en juin 2024, que le Cinéma Cartier a été construit par l’International Theatres Limited de Toronto. La compagnie avait fait appel à l’un des plus grands décorateurs de théâtre de son époque, Emmanuel Briffa, à qui l’on devait notamment les théâtres Papineau, Corona, Outremont et Rialto, à Montréal, ainsi que le Capitol, à Trois-Rivières.
Le Cinéma Cartier a été un haut lieu pour les cinéphiles jusqu’au début des années 1960, après quoi il s’est mis à décliner. À la fin des années 1960, on n’y présente plus que des films pornographiques, si bien que le dernier grand succès à avoir pris l’affiche est le film Valérie de Denis Héroux, en 1969, qui mettait en vedette Danielle Ouimet.
L’ex-Ville de Hull a acheté l’immeuble en 1991 pour la somme de 800 000 $ dans le but de le revitaliser. Elle le revendra pour 200 000 $ à deux entrepreneurs en 1998. Ces derniers y installeront le Collège informatique Multihexa qui fermera ses portes quelques années plus tard.
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