Cent ans d’histoire, quel avenir pour l’ancienne maison du Sacré-Cœur?
LeDroit, 16 juillet 2025 à 04h05
POINT DE VUE / Il y a maintenant plus d’un siècle, une maison avec une vocation bien particulière ouvrait ses portes sur l’île de Hull.
Inaugurée par les Oblats de Marie Immaculée le 4 juillet 1925, la maison de retraite du Sacré-Cœur offrait, notamment aux hommes, un lieu de recueillement, de réflexion et de ressourcement spirituel. Aujourd’hui, l’édifice appartient au Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais et abrite notamment le Centre de protection de l’enfance et de la jeunesse de l’Outaouais.
En 1970, deux ans après la fin des retraites fermées, l’immeuble passe des mains des Oblats à l’État québécois.
Selon une étude rigoureuse menée en 1997 par l’historienne-conseil Michelle Guitard pour l’ancienne Ville de Hull, « durant les 44 années d’existence de la maison, on a compté 3062 groupes de retraitants de tous âges, métiers et professions. On a estimé le nombre de retraitants à 120 935». Ce chiffre impressionnant ne dit pas tout: plusieurs de ces personnes revenaient régulièrement, preuve de l’importance spirituelle et communautaire de ce lieu.
Il faut aussi se rappeler qu’à l’époque, le site était certainement plus verdoyant, sans la présence des grandes artères routières qui l’enserrent aujourd’hui. Le projet des Oblats fut la première construction d’envergure sur ce tronçon de la rue Lévis, aujourd’hui devenu le boulevard Sacré-Cœur.
Ce n’est qu’en 1945 que l’église du Sacré-Cœur est érigée à côté de la maison, qui avait aussi servi de chapelle de secours pour les paroissiens de Notre-Dame.
En 1949, la construction de l’Imprimerie nationale débute. En 1954 l’École Reboul ouvre ses portes et vient compléter ce noyau institutionnel.
Pas de reconnaissance officielle
Malgré cette riche histoire, la maison du Sacré-Cœur, qui avait aussi servi de chapelle de secours pour les paroissiens de Notre-Dame, ne bénéficie pas d’une reconnaissance officielle.
Elle figure toutefois à l’inventaire du patrimoine traditionnel de la Ville de Gatineau, avec un niveau d’intérêt patrimonial «supérieur» — le deuxième plus élevé, mais elle ne bénéficie d’aucune protection juridique.
L’ancienne maison du Sacré-Cœur, avec ses éléments architecturaux encore bien conservés, mérite-t-elle d’être officiellement citée afin d’assurer sa mise en valeur et sa préservation?
Il y a déjà près de 30 ans, Mme Guitard soulignait la nécessité de préserver ce patrimoine, aujourd’hui connu sous le nom d’édifice Marc-Sénéchal : «Cette propriété est un site historique religieux important pour la population de l’Outaouais et, par conséquent, elle doit être citée et conservée.»
L’historienne recommandait également la restauration de l’entrée principale et, dans la mesure du possible, du belvédère et du grand escalier d’origine, qui sont aujourd’hui disparus. En plus de ces deux éléments, une autre amélioration possible serait un nouvel aménagement paysager en façade afin de valoriser l’immeuble en réduisant notamment l’asphalte et les cases de stationnement à l’avant, compte tenu de la présence d’un vaste stationnement à l’arrière.
Le réaménagement à venir du boulevard Sacré-Cœur par la Ville de Gatineau représente par ailleurs une occasion de mettre en valeur cet immeuble historique.
Le centenaire de la maison du Sacré-Cœur n’est-il pas le moment idéal pour que la Ville de Gatineau affirme son engagement envers la mémoire collective et le patrimoine de l’île de Hull?
— Laurent R.-Cardinal, Gatineau
https://www.ledroit.com/opinions/points-...-sacre-coeur-KN5Q247PWNEMLMRHCPJEAP6SQ4/